La lune débande mon p’tit père, que veux tu…

Comme d’hab on avait disparu sous les raisins deux saisons entières et on avait bien laissé le blog s’écrire seul. Il ne s’est pas écrit.

Alors aujourd’hui, on reprend un post remisé un an durant – c’est le temps pour un post de décanter. A l’époque, on achetait une vigne à Larroque, sur la commune de Maury pour nous amener au total miraculeux de 2 hectares et des brouettes.  On y fait donc de la pédagogie : à vos crayons.

Aujourd’hui, il est grand temps d’aborder le sujet passionnant des « itinéraires techniques ». Mais qu’est-ce qu’un « itinéraire technique » te demandes-tu? Un itinéraire technique, c’est plus ou moins le nom stupide qu’on donne à ta manière de gérer le foutoir dans les vignes, puis le foutoir dans ta cave. En règle générale, le type qui te dit « itinéraire technique », il ne va pas tarder à te parler MAE (mesures agro-environnementales) ou Plan Ecophyto 2 (le 1 est so obsolète).

Il y a de grandes tendances. Le « conventionnel » (c’est à dire le chimique en fait) : désherber, ou désherber juste entre les souches, ou désherber mais labourer. Tu peux mettre le round up à la lance, à la rampe, ou, ça se voit par ici, au canon. Et splash. Et puis des insecticides et d’autres trucs, genre systémiques…

Bien sûr, il y a les certifications, raisonnée, bio, biodynamique (avec différents organismes pour chacune). Et des trucs qu’on sait pas trop définir (genre « Nature et progrès »). Et il y a des options en pagaille : tu rencontres sur des salons des bio  « permaculteurs » (qui remplacent les souches manquantes par des pêchers par exemple… ), des biodynamistes « massonistes » qui achètent de la bouse de corne par palette, des « mèlistes » qui parlent aux étoiles, des biodynamistes « huiles essentielles », des « eaux florales », des Hérodystes… Il y a des « non-labour » militants lecteurs occasionnels de Claude Bourguignon, des « taille-douciste », des tout ce que tu veux…

Et puis à la cave : des interventionnistes, des raisonnistes, des levuristes, chaptalistes, des jean-foutre, des naturistes, des plus-que-naturistes, des surnaturels. Autant que de vignerons : ça fait des mouvances, des clans, des salons de refusés du salon des refusés. A deux c’est une tendance, à trois c’est la scission. Que dis-je, le schisme. Du sur-underground branchouille, du ex-underground pas branché.

C’est pas net-net : il y a des gens pas certifiés qui travaillent leurs sols et ne levurent pas leurs vins depuis des lustres, et des bio-naturistes qui mettent leurs raisins en chambre froide avant de les vinifier à 12° sous des monceaux de neige carbonique, pour les expédier six mois après au Japon en container frigo… Et qui se laissent tenter, des fois, par la venue d’un petit camion à désacétiser (ce qui est illégal), ou à flash-pasteuriser (ce qui est légal).

En vrai on a laissé longtemps la tambouille des caves dans le secret des caves, mais pour ça aussi désormais il y a « exigence de traçabilité » selon les chasseurs de tendance.

Alors bon, toi, ton itinéraire technique, c’est plus ou moins de faire « le maximum » avec tes moyens. C’est de la débrouille et un peu de conviction. L’un et l’autre ne sont guère définitifs en fait. T’aimes bien labourer, t’aimes pas trop ce qui n’est pas organique, t’es copain avec ta pioche parce que t’as pas d’intercep, tu fous rien dans tes pinards à part un micro poil de soufre (parce que t’es un peu trouillard!), t’es pas fâché avec les élevages sous bois (mais t’aimes pas quand ça donne trop de goût). T’aimes bien les vendanges entières mais pas les carbos. T’aimes bien l’acidité mais pas la sous-maturité. L’extraction mais pas le râpeux. Tu n’exclues même pas un jour d’oser un « collage » (foutre des blancs d’oeufs battus dans ton pif). Et puis t’as pas de groupe de froid (en même temps, des raisins en octobre ça fait jamais trop des fermentations à 40° hein…). T’es qu’un pisse-froid! Un tiède!

Et que ne te fais tu pas insulter à l’occasion? D’être un violeur-laboureur! Un raciste anti-séneçon-du-cap! Un bio « resté conventionnel » dans sa tête! Tu mets de la chaux sur tes sols acides plutôt que de l’extrait de pépin de pamplemousse? Et tu tailles en noeud lunaire, Nazi! Des cavistes à moustache te font la leçon : « trop de soufre, 10 mg/L c’est mal, t’es une couille molle ». Des sommeliers marseillais barbus te reprennent « 3 semaines de macération, plus personne ne fait ça, t’es un con ».

Merde. Dans la pratique, moi j’essaie juste de faire le mieux possible, avec ce que j’ai appris et avec ce qu’on me donne. Exemple pratique : l’année dernière on achète un carignan, bon vous le connaissez. Il est partout en photo dans les posts d’avant. Il était bien herbu : 10 ans de bio et de biody. T’as plus qu’à mettre  ton cul dans le chenillard, une fois par an, et lui faire « les pointes » comme chez le coiffeur, juste un petit balayage que l’herbe elle se rembobine dans le sol et que ça soit mou quand on marche. Juste une fois et la seconde pousse, et bien elle poussera. Et la vigne : un peu d’amendement organique, des traitements (cuivre, soufre), des bizarreries (ortie, saule) et basta.

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Ici flagrant délit de nazisme appliqué à l’agriculture : l’homme, ennemi de la nature bienfaitrice, s’est allié avec la machine pour violer le substrat organique de la vie.

Mais cette année (2015) on a fait des emplettes. Et maintenant, un hectare qui vient de la chimie coquine, t’en fais quoi. Tu laboures? Les racines avec. Tu laboures pas? Ça s’encroûte et tu peux pas mettre de matière organique. Alors quoi? La pioche, certes. Mais après. Hein? Parce qu’on va pas laisser ça comme ça avec sa gueule de lune?

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 Le vigneron-poète, ennemi de la désolation, s’en va ensemençant sous son pas l’énergie tellurique de Gaïa – en lune débandante, évidemment.

Si vous y retrouvez vos petits, vous, et ben on veut bien de vos conseils. En attendant on se démerde avec notre labellisation payante, nos petites mains, nos certitudes que le vent emporte, et dieu, il vente devant notre porte. Des fois on rate. Et on ferme sa gueule. Comme en 2015. Alors en 2016 on a même pactisé avec le diable : on a pris une œnologue-conseil de notre connaissance. Pas pour qu’elle nous refourgue toute sa pharmacopée non, juste pour faire bon. C’est couillon hein… Quand on sera super-champion, nous aussi on roulera des mécaniques, on fera de la retape pour notre chapelle et on saluera nos groupies au loin.

En attendant les 2016 vont sûrement voir le jour tout bientôt, et les 2015 continuent d’attendre le jour où l’idéologie sera buvable.

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